GoodTherapy

  • 16 octobre 2019
  • Par Zawn Villines

Fille adulte cuisinant avec sa mèreLe psychothérapeute Salvador Minuchin a développé le concept d’enchevêtrement pour caractériser les systèmes familiaux aux frontières faibles et mal définies. La famille entière peut s’efforcer de soutenir un seul point de vue ou de protéger un membre de la famille des conséquences de ses actes. Dans ces systèmes familiaux, l’autonomie individuelle est faible et les membres de la famille peuvent s’identifier de manière excessive les uns aux autres. Par exemple, un enfant peut être incapable de voir ses propres intérêts comme distincts de ceux de son parent et peut défendre les intérêts de ce parent même si cela est nuisible.

L’enchevêtrement compromet inévitablement l’individualité et l’autonomie des membres de la famille. Il peut également permettre les abus. La maltraitance au sein d’un système familial enchevêtré est une sorte de traumatisme unique. Certains survivants de ce type de traumatisme peuvent ne pas reconnaître leurs expériences comme traumatisantes et peuvent même défendre leurs agresseurs. Comme les frontières sont faibles dans ces systèmes familiaux, les membres de la famille qui identifient correctement leurs expériences comme traumatisantes peuvent être ostracisés ou même étiquetés comme abusifs.

Caractéristiques des familles enchevêtrées

La plupart des familles saines sont loyales les unes envers les autres et peuvent partager certaines valeurs. Dans une famille enchevêtrée, cette loyauté et ce système de croyances partagées se font au détriment de l’autonomie et du bien-être individuels. Par exemple, toute la famille peut soutenir l’idée que le père est un parent merveilleux ou un grand leader, même s’il est physiquement violent.

L’enchevêtrement ne conduit pas toujours à l’abus, mais c’est un outil puissant pour protéger les abuseurs des conséquences de leurs actes.

Certaines caractéristiques des systèmes familiaux enchevêtrés incluent :

  • Chaque membre de la famille remplit un rôle spécifique. Dans la plupart des cas, ces rôles permettent le comportement dysfonctionnel d’autres membres de la famille. Par exemple, le pacificateur familial peut aplanir les conflits créés par l’agresseur familial ou pourrait culpabiliser les autres membres de la famille qui tentent de mettre en place des limites saines.
  • L’enchevêtrement commence souvent lorsqu’un membre de la famille a un problème de santé mentale ou de toxicomanie. L’enmènement normalise le comportement nuisible et peut être un moyen d’éviter le traitement.
  • Les familles enmêlées considèrent souvent la dissidence comme une trahison.
  • Les familles enmêlées peuvent exiger un niveau inhabituel de proximité, même de la part des enfants adultes. Par exemple, on peut s’attendre à ce qu’un enfant adulte ayant ses propres enfants passe toutes les vacances avec la famille. S’il passe des vacances avec ses beaux-parents ou avec sa propre famille, la famille enchevêtrée peut le fuir ou le punir d’une autre manière.
  • Les émotions des membres de la famille sont liées les unes aux autres. Il peut être difficile de discerner où commencent les émotions des uns et où finissent celles des autres.
  • Il peut y avoir des normes familiales tacites que les membres de la famille tiennent pour acquises. Les personnes extérieures peuvent, à juste titre, considérer ces normes comme inhabituelles ou dysfonctionnelles. Par exemple, une famille enchevêtrée peut avoir pour norme de ne jamais appeler la police pour un membre de la famille qui abuse de son partenaire.

Certaines personnes utilisent également l’enchevêtrement pour faire référence à l’inceste caché, ou émotionnel. Il s’agit du cas où un parent ou un autre soignant traite un enfant comme un partenaire ou un égal. Le parent peut compter sur l’enfant pour obtenir un soutien et un amour inconditionnel plutôt que de combler ces besoins fondamentaux pour l’enfant.

Comment l’enchevêtrement permet l’abus

L’enchevêtrement ne mène pas toujours à l’abus, mais c’est un outil puissant pour protéger les abuseurs des conséquences de leurs actions. Les membres d’une famille enchevêtrée peuvent être réflexivement sur la défensive les uns envers les autres et considérer que même un comportement profondément nuisible est normal et bon.

L’enchevêtrement peut rendre difficile pour une personne de former des relations étroites avec d’autres personnes. Sans ces relations, il est très difficile pour les membres de la famille enchevêtrée de reconnaître que le style relationnel de leur famille n’est pas sain.

Même lorsque les membres de la famille enchevêtrée nouent des relations extérieures, leur famille enchevêtrée peut s’immiscer dans ces relations. Par ailleurs, la personne enchevêtrée peut considérer sa famille comme normale et son partenaire comme le problème. Par exemple, un adulte qui se marie peut encore donner la priorité à la famille de son enfance sur son conjoint ou s’attendre à ce que son conjoint s’en remette aux membres de sa famille ou accepte un comportement abusif.

Le traumatisme des familles enchevêtrées

L’enchevêtrement lui-même peut être traumatisant, surtout lorsque l’enchevêtrement normalise les abus. Dans d’autres cas, cependant, l’enchevêtrement est le sous-produit d’un traumatisme. Une maladie grave, une catastrophe naturelle ou une perte soudaine peuvent amener une famille à se rapprocher de façon inhabituelle pour tenter de se protéger. Lorsque ce schéma persiste bien au-delà du traumatisme initial, l’enchevêtrement perd sa valeur protectrice et peut miner l’autonomie personnelle de chaque membre de la famille.

Les systèmes familiaux enchevêtrés font souvent fi du traumatisme. Un parent peut considérer sa nuit d’abus alcoolique comme une réaction normale aux mauvaises notes de son enfant. À l’âge adulte, les frères et sœurs peuvent défendre la maltraitance d’un parent en insistant sur le fait que ce dernier était soumis à un stress immense ou que la maltraitance était en fait la faute des enfants. En rejetant le traumatisme comme normal ou mérité, les systèmes familiaux enchevêtrés empêchent les membres de la famille de comprendre leurs émotions et leurs expériences. Dans cette forme de gaslighting, une famille peut constamment substituer le jugement collectif de la famille aux sentiments d’un individu. Au fil du temps, le membre individuel de la famille peut avoir du mal à distinguer ses propres émotions des émotions que la famille insiste sur le fait qu’il devrait avoir.

Les personnes qui vivent ensemble un traumatisme ou des émotions intenses peuvent se lier de manière inhabituelle et malsaine. Patrick Carnes a développé le concept de trauma bonding pour caractériser ces relations.

Avec le trauma bonding, le cycle de l’abus lie étroitement les membres de la famille, créant des attachements émotionnels intenses. Dans les relations abusives, l’agresseur peut devenir violent et effrayant, puis s’excuser et être extrêmement aimant. Certains parents maltraitants tentent de compenser leurs abus par des cadeaux, des sorties spéciales ou un amour intense. De nombreux survivants d’abus rapportent que, lorsque leurs parents n’étaient pas abusifs, ils étaient extrêmement créatifs, dynamiques et aimants.

Ce renforcement intermittent de l’amour et de l’affection peut être très difficile à fuir. Plus il persiste, plus il peut devenir difficile pour une personne de partir. Les survivants d’abus peuvent vraiment aimer leurs abuseurs et croire que ces derniers les aiment aussi.

Même lorsque les survivants identifient correctement l’abus et établissent des limites ou quittent la relation, le lien traumatique et l’enchevêtrement peuvent affecter les relations futures. Le cycle de l’abus peut sembler normal dans ces situations, car un calendrier intermittent d’amour et d’affection devient le point de référence de la personne pour une relation. Cela peut inciter les victimes de traumatismes et d’enchevêtrement à rechercher et à poursuivre des relations abusives ou enchevêtrées. Cela peut également permettre à leur famille de les tirer à nouveau vers l’abus et le chaos.

Les personnes qui grandissent dans des systèmes familiaux dysfonctionnels peuvent ignorer leurs propres émotions. Elles peuvent remettre en question leurs souvenirs, se demander si leur traumatisme s’est vraiment produit, ou croire qu’elles méritent d’être maltraitées. Même lorsqu’une personne est capable de voir sa famille sous un angle plus objectif, il peut s’avérer difficile d’établir des limites. Les fêtes, les vacances en famille et d’autres moments de proximité familiale intense peuvent déclencher de vieilles habitudes et conduire à de nouveaux traumatismes.

La thérapie peut aider une personne à tracer des limites claires, à prendre ses émotions au sérieux et à dépasser l’enchevêtrement. Un thérapeute est également une voix extérieure qui peut aider une personne à comprendre que les comportements que sa famille a normalisés ne sont pas sains et qu’elle n’a pas à rester coincée dans son rôle familial habituel pour toujours.

Pour commencer votre recherche d’un thérapeute compatissant, cliquez ici.

  1. Carnes, P. J. (1997). Le lien de trahison : se libérer des relations d’exploitation. Deerfield Beach, FL : Health Communications, Inc.
  2. Green, R., & Werner, P. D. (1996). Intrusivité et proximité-soignante : Rethinking the concept of family enmeshment. Family Process, 35(2), 115-136. Récupéré de https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1545-5300.1996.00115.x
  3. Trauma bonding. (s.d.). Récupéré de http://www.abuseandrelationships.org/Content/Survivors/trauma_bonding.html

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